C'est un très jeune homme qui se souvient de la jeunesse comme d'une terre qu'il aurait quittée. Et qui nourrit le regret d'une enfance qui n'aura jamais été malheureuse, là-bas, ou plutôt là-haut, a flanc de montagne, dans ce pays basque dont il a conservé les accents. Généralement, on attend d'être plus vieux pour avoir le mal du pays. Il était écrit que Patxi serait précoce en beaucoup de choses.
A 25 ans, le voilà qui évoque son attachement à ses origines. Et sa nostalgie des années perdues, celles où il apprenait le basque du côté de Saint-Jean de Luz, découvrait la guitare et se fabriquait des amitiées qui lui sont restées. Il avait quinze ans alors, il écoutait Gainsbourg et Souchon, des gens qui écrivaient eux même leurs textes et il inventait ses premiers accords. Il ne savait pas bien ce qu'il ferait de sa vie, sinon qu'il tenterait d'y être heureux et que la musique y occuperait la première place.
Après des études ennuyeuses à Bordeaux, il a choisi un exil à Londres, histoire d'humeur d'autres airs mais il est revenu du côté de son enfance, puisqu'on n'en finit jamais avec ses racines. La notoriété l'a brusquement attrapé un soir d'août 2003 quand la France a découvert son visage d'oiseau tombé du nid et sa voix eraillée. Cette gloire éphémère, il ne la renie jamais, conscient que c'est elle qui lui a permis de faire ses propres chansons et de les faire avec des gens qu'il a choisis, qui lui ressemblent.
Ces chansons, elles sentent le bois, et elles ont la sonorité déchirante ou energique des cordes grattées. Elles parlent de lui, mieux que ne le feraient des réponses fabriquées à des questions indiscrètes. Son album est une autobiographie deguisée, sentimentale. Le garçon pétillant et léger qu'il est apparaît parfois entre les lignes mais il a laissé la plus grande place à l'être tendre, délicat, fragile qu'il est également.
On sent une tristesse qui affleure, un discret résolument à l'écart des ritournelles formatées, il adresse des SOS amoureux qu'il glisse dans des bouteilles jetées à la mer, il laisse percer des douleurs intimes, il dit les espoirs abdiqués, les vacillements, il égrène ses souvenirs. Sa force, c'est de savoir saisir les instants, de raconter ces moments de presque rien qui dévoilent tout de nous.
Ces musiques mélancoliques, ces textes doux, il les a portés lontemps, écrits dans la fluidité. On oublie tout le travail pour ne retenir que la sensibilité. On dirait qu'il nous envoie de ces cartes postales qui se terminent par un <<affectueusement>>